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Publié par Ecriberté

Sylvie Germain à bord du Transsibérien

Sylvie Germain à bord du Transsibérien

 

Edition Albin Michel : 128 pages /2011

Dans le cadre de l’année France-Russie, France Culture s’est associée à l’un des projets les plus ambitieux mené par Culturesfrance : le voyage d’une vingtaine d’écrivains et poètes français dans le transsibérien, de Moscou à Vladivostok. Ce voyage s’est déroulé du 27 mai au 15 juin 2010 (Extrait du site de France culture)

Et Sylvie Germain faisait partie des invités.

On imagine ce train mythique qui s'enfonce vers les contrées les plus lointaines de Russie aux consonances magiques et romanesques : la Sibérie,  le  lac Baïkal, l'Oural, la Taïga, Vladivostok... Avec à son bord l'une de nos écrivaines dont la richesse de l'imaginaire est une extraordinaire source de créativité. Alors que va devenir ce voyage, ces quelques milliers de kilomètres parcourus, ces paysages entraperçus derrière les vitres du wagon,  les forêts, l'immensité, la neige, les villes traversées, à travers le regard de l'écrivaine ? Et quel chemin de traverse va t'elle prendre pour nous raconter cette épopée ?

Des écrivains à bord du Transsibérien...

Un livre est né de cette aventure. Un petit recueil de 128 pages seulement, au titre étrange, un peu triste :    « Le monde sans vous ». Il contient plusieurs textes dont "variations sibériennes" écrit dans le cadre de ce voyage dans le Transibérien,   et "Kaléidoscope ou notules en marge du père" un texte écrit en 1988 après la mort de son père, "Il n'y a plus d'images"  a été écrit en 1990 et "Cependant" en 2010.

Sylvie Germain parle de ce voyage comme d’un : "voyage-feuilletage, glanage d’aperçus – des fragments pas plus" (extrait de la page 43).

Ce livre n'est pas un roman, pas non plus un carnet de voyage c'est plutôt un ensemble de réflexions sur ces instants de vie dans ce train d'un autre temps. Sylvie Germain nous livre ses interrogations sur le monde, mais aussi sur la mort, la perte des êtres chers car elle a fait ce voyage avec en elle, la douleur d'avoir perdu sa mère récemment.

Pour parler de cette disparition, des phrases d'une étrange beauté qui révèlent toute l’ambiguïté de la mort. Sylvie Germain va entremêler, juxtaposer des vers de Ossip Mandelstam qui parle de la mort avec ses propres réflexions sur celle de sa mère.  Comme par un étrange enchantement, parler de la mort de sa mère va redonner un souffle de vie à ce poète russe mort au goulag.

Abeilles et guêpes butinant la rose pesante.

Un homme meurt. Le sable chaud se refroidit,

Et sur une civière noire le soleil d'hier est porté. (...)

Dire ton nom est plus dur que soulever une pierre.

Il ne me reste qu'un seul souci sur terre,

Un souci d'or : porter le poids du temps. "

Vers de Ossip Mandestam (extrait de la page 13

"Une femme est morte. On emporte sur une civière les soleils de tous ses hiers. Un soleil pâle – pâle d'une pâleur stupéfiante – se lève et prend la place laissée vacante.

Une femme est morte. Toi ma mère. En héritage, un souci d'or : porter le poids de ton absence, porter le poids des soleils en éclipse, des hiers révolus. Et lentement transmuer ce poids en grâce. Ce sera long, il y a des tâches vouées à l'inachèvement." (Extrait de la page 13)

Au rythme de ce train qui sillonne ces grands espaces, Sylvie Germain nous berce, on l’écoute, elle réveille les esprits tutélaires en nous  racontant un conte shaman « yeux coucou », puis ses impressions à la vue du lac Baïkal, nous parle de la Sibérie, nous lit des poèmes d’écrivains disparus : Pasternak, Cendrars...... Avec ce vocabulaire d’une richesse et d’une sensualité qui n’est propre qu’à elle, ce voyage devient peinture, musique, poésie, littérature.

"Le train poursuit sa route, et son sourd monologue. Derrière la vitre, la terre est réduite au silence. Sa voie plurielle est inaudible. Mais elle ruse, la terre, comme rusent la mort, pour s’exprimer  encore, envers et malgré tout. Elle déploie un grand vocabulaire : minéral, ligneux, végétal et aqueux. Elle parle en noir et brun, en vert et bleu et en lueurs argentées". (Extrait de la page 14)

"Sibérie – un pays où je suis enfin venue, et qui depuis longtemps me lancinait. Chacun recèle dans son imaginaire un atlas amoureux qu’il compulse selon sa fantaisie". (Extrait de la page 42)

"Sibérie la dormeuse - la veilleuse aux innombrables yeux d'eau, d'écorce et de lichen. Mais elle possède un oeil central, d'une ampleur incomparable : le lac Baïkal." (Extrait de la page 45)

(...)"Il est aussi une vulve bleu satin, chaste dans sa nudité qui est ostension de splendeur -  en jouisse tout passant qui l'approche. Vulve fluente aux étreintes de glace, au serrement suffocant, à la fruition mortelle." (Extrait de la page 49)

sylvie germain les pieds dans l'eau du laic baikalREDIMSylvie Germain les pieds dans l'eau du lac Baïkal

 

Et puis un matin couvert de brume, le train rentre en gare de Vladisvostok.

Ces écrits sont porteurs d'un unique message : La vie est importante, la vie est belle mais elle est fragile. Nous devons la respecter et la protéger plus que jamais. 

Un véritable coup de cœur pour ce texte "Variations sibériennes".

lac-baikal-russie-248238.jpg

Le lac Baïkal

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Bébé Noé 27/10/2020 10:31

Super page, merci :) au plaisir de vous voir sur mon blog. https://bebe-noe.blog4ever.com/

Ecriberté 10/11/2020 13:49

Je vous remercie. J'irais faire un tour sur votre blog.