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Publié par Ecriberté

 

Edition de poche - 128 pages

1ère édition 1937

Novella 

&Georges Bernanos a écrit ce roman en référence à la guerre d'Espagne. Pour lui, le personnage de Mouchette symbolise la guerre civile espagnole. "J'ai commencé à écrire La Nouvelle Histoire de Mouchette en voyant passer les camions là-bas, entre les hommes armés, de pauvres êtres..." "C'est un petit héros Mouchette !" (extrait entretien avec André Rousseaux. Misère et grandeur de Mouchette 1937). Mouchette ressemble à ces espagnols qui restent dignes malgré la détresse de leur condition de vie. 

"La nouvelle histoire de Mouchette" n'est pas la même "Mouchette" que celle de "Sous le soleil de Satan" mais ce sont deux jeunes filles qui partagent la même solitude et le même destin, condamnées par la violence d'une société patriarcale qui ne permet aucun avenir à une fille, à part celui du mariage. 

Dés les premières pages, on ressent l'ambiance de ce village sombre voire même lugubre. Les villageois sont de pauvres gens condamnés à la même détresse. C'est là que Mouchette vit, et c'est là qu'on la rencontre dans ce décor de fin du monde.

Sous un grand vent qui vient de l'ouest, elle court, avec des galoches bien trop grandes pour elle, se cacher derrière un talus, elle épie ses petits camarades. Mouchette s'est enfuie de l'école. Elle refuse d'assister au cours de chant  qui l'oblige à endurer les critiques de l'institutrice qui ne supporte pas sa voix et les moqueries des élèves. Ce lieu est hostile à sa condition de fille pauvre. Le sous-prolétariat rural du début du 20ème siècle condamne toute cette classe sociale à des conditions de vie extrêmement difficiles, dominée par la misère et l'alcool. 

Mouchette est le personnage central de cette histoire. Sa personnalité la rend différente des autres enfants. Elle n'est ni insouciante ni joueuse comme on l'est à son âge. Elle affiche une attitude hostile et rebelle. Les villageois n'apprécient guère cette jeune fille, qui n'adopte pas l'attitude des filles de sa condition sociale. Il lui faudrait être humble et dire merci à la moindre attitude de compassion. Mouchette se refuse à être prise en pitié. Son institutrice la traite de "barbare". Qu'importe, Mouchette n'en n'a que faire ! D'un esprit  très indépendant, elle n'a nullement envie de se plier aux règles de l'école, ou de sourire aux personnes qu'elles rencontrent. 

La violence fait partie intrinsèquement de la vie de Mouchette. La violence de la misère, la violence de son père qui la bat, la violence des villageois, la violence d'une vie sans tendresse et sans avenir. Elle vit en marge du monde, avec cette conscience encore mal définie de l'injustice dont elle fait l'objet.  

Cette violence quotidienne, Mouchette la supporte. Elle ne se sent pas atteinte dans sa chair par ces humiliations quotidiennes. Ses habits de pauvresse, elle les accepte. La boue qui lui colle aux galoches, elle s'en fait une alliée. les réflexions haineuses des villageois, elle les dédaignent. Mouchette se forge une carapace qui lui permet de s'évader, de regarder ailleurs et penser autrement. 

Si ces violences ne blessent pas son estime de soi, celle qu'elle va vivre le soir de son école buissonnière et tout autre. Sans méfiance, Mouchette va suivre le "bel Arsène", le braconnier. Elle ne se rend pas compte que son état de grande ébriété le fait divaguer. Il lui raconte des faits étranges. Un cyclone s'est abattu sur le village et il a tué le garde champêtre. Mouchette se laisse attendrir par les hallucinations de ce jeune homme, elle est touchée par ses attentions. La fin de l'histoire est tout autre, la réalité vient heurter de plein fouet  l'innocence de la jeune adolescente.  Arsène fait une crise d'épilepsie, son réveil difficile le rend hagard. Il va abuser de Mouchette. 

Ce crime va l'atteindre au plus profond de sa chair et lui ôter le goût de vivre. Cette violence n'a pas le même visage que toutes celles qu'elle endure au quotidien. Le regard de dédain qu'elle pose sur les villageois, elle va maintenant le poser sur elle. Mouchette ne comprend pas ce qui lui est arrivé, ne peut pas analyser la profondeur du crime. Allongée sur le lit près de sa mère malade, Mouchette va lui confier son terrible secret. Mais sa mère malade va mourir en entendant peut-être les confidences de sa fille, mais ne pourra lui répondre.  

Mouchette décide de se confier à la veilleuse des morts. Cette vieille femme qui est une ancienne servante d'un marquis. "vieille et percluse au point de na marcher qu'avec deux cannes d'ébène à béquilles d'argent, don du défunt marquis, elle visite les malades et surtout veille les malades et surtout veille les morts." p.99. 

Après sa visite à la vieille femme, Mouchette va décider de son sort. La vie perd son sens pour la jeune fille meurtrie dans sa chair. Sa grande force de caractère, son intelligence et son extrême solitude vont  la confronter à l'avenir qui lui est réservé. Elle ne trouve aucun autre échappatoire que la mort dans ce village hostile à sa détresse.  

Ce roman est d'une grande modernité, parce qu'il explique avec beaucoup de subtilité, que le viol est un crime. Crime reconnu dorénavant pour la loi. 

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